Nous finirons ensemble (ou pas ?)

Guillaume Canet / 2h15 / 2h10 / Neuf ans après Les petits mouchoirs, Guillaume Canet remet le couvert et réalise Nous finirons ensemble, dont le titre sonne comme une suite…

Max retourne dans sa maison de vacances, au bord de la mer. Préoccupé, seul et tourmenté, il pense pouvoir se ressourcer. Seulement, son anniversaire approchant, sa bande de potes débarque par surprise. Cela tombe mal : Max est rancunier à leur égard, il est fatigué de leur amitié qu’il juge intéressée. Depuis la dernière fois qu’il les a vus, la vie a rebattu les cartes : les situations se sont retournées pour certains. Mais pour tous, le temps a passé : les enfants ont grandi, les corps se sont transformés et les souvenirs prennent plus de place.

Guillaume Canet s’attaque une seconde fois à la question de l’amitié et de sa durée dans le temps. Alors que Les petits mouchoirs se concentrait sur la culpabilité et dépeignait une bande d’amis perdue et faussement tiraillée de remords à l'égard de la mort imminente d’un ami cher, Nous finirons ensemble transforme l’essai en confirmant la dimension masturbatoire de ces films.

La réunion de Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Laurent Lafitte, François Cluzet, Valérie Bonneton, Benoît Magimel et j’en passe, donne la sensation d’un réalisateur qui réunit sa propre bande de potes pour faire un film sur eux-mêmes… Alors que le thème de l’amitié abordé par le film est un thème noble (parce qu’il y a tant à dire sur ces sentiments d’amour), il reste exploité de manière superficielle : les personnages sont beaucoup trop nombreux pour que puissent être dressés des portraits profonds de personnalités et de psychologies. Ces personnages sont donc caricaturaux, on en entrevoit seulement les traits grossiers, et ils semblent être traversés de sentiments archaïques : rancune, attirance sexuelle per se, colère gratuite… Cela sans compter le faux pathos qui s’en dégage : « On est revenus parce qu’on ne peut pas vivre sans toi »… C’est peut être crédible pour une histoire d’amour passionnelle (cf. la chanson « Que serais-je sans toi ») mais ici, cela sonne terriblement faux.

Il me semble que ce qui est exhibé sans pudeur aucune dans ce film, c’est l’opulence d’une élite parisienne bobo qui jouit du confort matériel : villa au bord de la mer, ballade en catamaran, huîtres à longueur de journée, champagne… Certaines scènes en deviennent comiques malgré elles, notamment lorsque le personnage incarné par Laurent Lafitte (Antoine) fait la morale aux enfants du groupe en leur disant qu’à leur âge, il construisait des cabanes, courait dans les bois, vivait pleinement… Alors qu’eux passent leur vie devant des écrans. Mais quel exemple pour ces enfants ? Une série d’adultes oisifs, saouls plus de 50% du temps, et qui ressemblent eux-mêmes à des adolescents pré-pubères : boîte de nuit, drague lourde et rivalité pour avoir la plus grande chambre de la maison. Le côté comique de cette supposée comédie est très vite alourdi par des blagues sur l’homosexualité qui font rire jaune, sans compter que les moqueries se concentrent aussi sur le seul personnage un peu sincère du film : la babysitter de la fille d’Eric. Cette dernière supposément est laide et grosse, raison de plus pour l’ostraciser. On saluera tout de même le jeu comique de Laurent Lafitte (Antoine) et Valérie Bonneton (Véro) quasi imparable.

Certaines images du film relèvent toutefois un peu le niveau : notamment les images du début qui laissent le spectateur entrer dans une atmosphère de bord de mer. La bande originale est également très sympathique et correspond bien aux références communes de cette génération. Cependant, le film semble trop long, le scénario étant faible : faux drames sur faux drames, et c’est le classique happy end qui pointe son nez pour clôturer le film.

De plus, il me semble assez indécent d’oser montrer un film pareil dans le contexte social actuel. Ou alors, peut être que ce film est instructif en ce sens qu’il montre à quel point les disparités de richesses et de préoccupations sont immenses au sein de notre société.

A mes yeux, il s’agit là d’un faux prétexte pour faire un film sur soi-même et sa bande de potes ; et l’identité de la personne ayant écrit le film n’est que trop flagrante : un homme blanc, quarantenaire, cisgenre, hétéronormé.

Un seul conseil : fuyez !

Par Ariane Cornerier

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