Papillon nous fait de l’effet

Papillon nous fait de l’effet
Résultat de recherche d'images pour "papillon film 2018"Un film de Michael Noer, 1h57 Sortie en salle le 15 Août 2018 Synopsis : Dans les années 30, la France envoie encore ses mauvais garçons à Cayenne, au bagne. Pas de bol pour Henri Charrière, que tout le monde connaît sous le nom de « Papillon ». Ce voleur de bijoux des bas-fonds est envoyé outre-Atlantique après dénonciation d’un de ses complices jaloux de son succès. Tout son être cherche alors à s’échapper pour retourner se pendre au cou de Nenette (no joke here), chose qu’il ne pourra réussir qu’avec l’aide, et l’argent, du faussaire Louis Dega, embarqué dans la même galère, si j’ose dire…   Michael Noer sort un film brillant, sorti de nulle part. Ce cinéaste spécialisé dans les histoires personnelles, dans les aventures humaines, n’a pourtant pas beaucoup fait parler de lui. C’est bien dommage. Le film se paye donc sa publicité par l’intermédiaire de son casting. Mais là encore, on ne rencontre pas d’éléments « bankable ». Charlie Hunnam, que l'on n'a vu pour l’instant que très rarement, campe le grand tatoué Papillon et on comprend pourquoi les demoiselles s’exclament « aye Papi ! ». Rami Malek, qu’on connaît un peu mieux et qui sera d’ailleurs à l’affiche du biopic sur Queen très bientôt (because showbusiness must go on), complète le duo de tête de ce film dans le personnage de Louis Dega, chétif petit homme de bureau mais qui compense par ce qu’il a dans le crâne. Et là où je pense. Parce que oui, on n’amène pas de l’argent à Cayenne n’importe comment. Les hommes, on insiste là-dessus dans de multiples scènes répétitives, sont dépouillés de tout et la dure loi du bagne fait que la moindre possession se mérite dans la souffrance et la convoitise. C’est l’un des points forts du film. Noer n’est pas là pour vous épargner. S’il veut faire grandir ses personnages, qu’il est allé chercher dans des coins cossus, il doit les traîner au fond du gouffre. Boyaux déversés, cellules suintant la crasse et le vice humain, pullulant comme la forêt vierge qui entoure le bagne guyanais, corps qui se déchirent sous la faim et la soif, si ce n’est la maladie… rien n’est épargné. Car il est avant tout question d’un témoignage. Le film est tiré du livre autobiographique du fameux Henri Charrière (spoiler : yes, he made it out). Porté par la puissance du récit déjà contenu dans ce livre transcrit en scénario, Michael Noer n’a qu’à poser le décor. Rendre une image qui soit un tant soit peu à la hauteur de l’enfer vécu par ces petites frappes, qu’on a envoyées, des décennies durant, dans l’enfer tropical. Pas pour s’y réformer. Pour y mourir. Le costume colonial blanc du directeur ne trompe personne et très justement, Noer va le tâcher devant nos yeux d’une giclure de sang. Cette figure qui s’imagine patriarcale dans le bagne, est un génocidaire assumé, qui manie la guillotine comme s’il était investi de la fureur de Robespierre. Le choix de Yorick van Wageningen pour ce rôle est parfait, entre les petits yeux noirs et le calme apparent, il incarne grâce à une direction d’acteur magistrale l’imaginaire collectif du tortionnaire sadique et propre sur lui. Casting : ok. Scénario : ok. Mais quand l’alchimie prend-elle ? Pas quand on l’attend, et c’est là tout le génie du film. On pense voir culminer le film dans les tentatives d’évasions mais celles-ci sont délaissées par le réalisateur. Par essence brouillonnes, avec un enchaînement rapide des plans et un horizon complètement fermé dans le champ (ce qu’il arrive à créer même dans un environnement ouvert comme la pleine mer), ces séquences sont paradoxalement creuses. Car toute la poésie du film est mise dans les phases d’enfermement. Papillon n’est pas un film d’échappatoire mais de libération. Papi ne progresse vraiment que lorsqu’il est enfermé sans espoir de sortie. Et Louis comprend sa nature profonde, réalise son œuvre ultime dans l’internement. L’entraide dont ils vont faire preuve l’un pour l’autre les amène à réaliser cela, au-delà de ce qu’ils pensaient au départ. Dunham a constamment le regard perdu, ailleurs. Dans son esprit, il s’est déjà envolé, ses yeux bleus contemplant un horizon imaginaire. Dega trouve son seul réconfort dans les griffonnements de son carnet, il se représente sa vie, l’écrase sur les murs de sa cellule et la volonté de vie de Papillon est ce qui l’éveil à son art. Lui qui avait tout en France, ne souhaite plus y retourner, car il ne peut plus supporter le mensonge de cette vie. Mais Papillon qui n’a rien voudra y retourner à tout prix, au-delà de ce qui pouvait l’attendre à Paris. Après des années d’internement, même Nenette l’a oublié. Ce qui explique le casting resserré au final. Les autres bagnards sont un arrière-plan, une toile de fond supportant la dynamique si complexe de ce duo. L’environnement du bagne, exclusivement masculin, est l’occasion de pratiques homosexuelles, mais dans un dénuement animal. Rien n’est esthétisé, si ce n’est nos deux protagonistes. Non pas que ce genre de tension les habite, mais la complicité et les échanges de regards que nous présente le film accéléreraient le flux sanguins des petites Japonaises. Les décors naturels enfin complètent le tableau. Ces contrées du bout du monde seraient magnifiques, si elles n’étaient pas si cruelles. Le vertige nous saisie au sommet des falaises, nous suons dans les étranglements de la jungle. Nous suffoquons dans les carrières abandonnées au plein jour. Et cela crée toute la catharsis nécessaire qu’apporte le grand cinéma. Alors certes, ce genre d’histoire a été raconté. Certes, c’est un casting anglais qui incarne des personnages français. Mais qui se soucie de la vraisemblance ? Nous racontons déjà toujours les mêmes histoires. Je ne suis pas sûr que tout le monde les raconterait aussi bien. Max Vallet

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