Red Sparrow – un film qui nous fait voir rouge ?

John Lawrence / 2h21 / Sortie en salle le 4 Avril 2018. Dominika est soliste au sein de la prestigieuse compagnie de danse classique du Bolchoï, mais il suffit d’une mauvaise réception de son partenaire pour que sa jambe soit brisée, et avec elle ses rêves de carrière, sa sécurité financière et sa possibilité de s’occuper de sa mère malade. La jeune femme n’hésite donc pas longtemps lorsque son oncle, agent secret russe, lui propose d’intégrer une formation très spéciale qui fera d’elle une espionne hors-normes… Mais évidemment, dès lors que Dominika met le doigt dans cet obscur engrenage, la machine s’emballe et les doubles jeux se multiplient…   Red Sparrowest un film déconcertant, dont on sent qu’il veut à la fois rendre hommage aux codes du film d’espionnage opposant Américains et Russes dans une vague ambiance de Guerre froide, mais aussi briser ces mêmes codes, tenter de se forger une imagerie iconique, des thèmes particuliers. Et malgré toute la bonne volonté que met son réalisateur dans cette optique, force est d’avouer que le résultat est mitigé.   Le film offre de solides qualités, notamment son travail esthétique, avec une composition irréprochable, une réalisation maîtrisée et une photographie convaincante. On a même droit à des plans pratiquement iconiques – pour ceux qui ont déjà vu le film, on peut penser à celui avec la voiture qui file entre deux étendues de neige – et de manière générale à une image d’une grande qualité qui facilite considérablement l’immersion.   Red Sparrow jouit en effet d’une vraie capacité à plonger son spectateur dans l’expérience qu’il offre, le maintenant cloué à son siège pendant les 2h20 que dure le film sans trop de lenteurs, avec notamment tout un travail sur les sens et en particulier la douleur, qui a pour résultat une empathie très poussée – certaines scènes d’agression ou de torture qui auraient pu être regardées sans ciller dans d’autres contextes deviennent intenables avec la tension imposée par le film. Ce trait est renforcé par un jeu d’acteurs soigné et un montage efficace, avec par exemple la scène initiale qui croise les trajectoires de Nate et de Dominika, dans une séquence à couper le souffle. Le métrage pèche cependant en ce qui concerne son écriture. Le scénario se révèle compliqué à suivre et même tortueux, avec de véritables déséquilibres et des ellipses malvenues. On aurait par exemple aimé s’appesantir un peu plus sur le passage avec Mary-Louise Parker – pour ne pas trop en dire – et un peu moins sur de longs segments au milieu qui n’en finissent pas de tourner en rond. Enfin, le dénouement vient donner dans la surenchère de rebondissements… quitte à perdre son public. De manière générale, il n’y a rien de plus frustrant que d’avoir le sentiment de ne pas comprendre tout ce qui se joue en tant que spectateur, et si cela se produit ici, c’est à cause du manque de clarté d’un récit qui se veut complexe.   On peut enfin regretter certains détails qui émaillent le film, à première vue insignifiants mais à force gênants, notamment cette obstination qu’a Hollywood de faire parler en anglais ses personnages étrangers – sans logique autre que celle de pouvoir garder au casting des têtes d’affiches. On a donc droit à une petite troupe d’acteurs américains qui baragouinent un anglais mâtiné d’un accent russe discutable, dans des circonstances aussi improbables qu’une conversation entre mère et fille – russe chacune – en anglais donc. On déplore aussi l’absence totale d’alchimie entre Dominika et Nate, un lot d’incohérences et de passages sous silence, et l’ambiguïté d’un propos dont on ne sait pas vraiment s’il objectifie les femmes ou cherche au contraire à dénoncer les violences sexuelles commises envers elles.   Difficile donc de prédire votre ressenti quant à ce film, tant il regorge aussi bien de trouvailles intéressantes que d’incohérences et autres clichés. Red Sparrow pourra tout aussi bien vous faire passer un excellent moment de divertissement – saluons notamment la performance de Jennifer Lawrence, qui porte le film – que vous ennuyer et même vous agacer. Une histoire d’espionnage qui fera débattre donc !
Capucine Delattre

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