Rencontre avec Nicolas Cuche

Rencontre avec Nicolas Cuche

Quelle est la place de la comédie dans le cinéma en France ? Existe-il une recette « miracle »Nicolas Cuche pour faire rire ? Les comédies françaises sont-elles toutes les mêmes ?

C’est avec Nicolas Cuche, scénariste et réalisateur, que nous nous sommes penchés sur ces questions, le temps d’une agréable heure et demie. Car de Fernandel  à Omar Sy, de La grande vadrouille à Qu’est ce qu’on a fait au bon Dieu, la comédie, et pas n’importe laquelle, est au cœur de notre culture populaire. Loin d’être un sous-genre, elle s’est souvent distinguée d’une certaine idée du cinéma français « à lunettes », et a souvent dominé les cimes du Box Office.

Pour notre invité, Nicolas Cuche, l’engouement de la comédie chez les Français remonte à Molière et aux satires sociales, opposé à l’humour anglais issu de Shakespeare. Comme une comédie s’exporte rarement, elle est naturellement culturelle, et en France, elle repose sur un code du rire basé sur contrastes de milieux, de cultures et de caractères. Le rire est avant tout provoqué par la faculté du film à mettre les pieds dans le plat, à rire de faits de sociétés, un héritage du Bourgeois gentilhomme. C’est au moment où les spectateurs se reconnaissent dans les scènes que le film touche juste. Tout le monde doit en prendre pour son grade (La vie est un long fleuve tranquille). Comme une catharsis, la comédie doit faire rire d’un complexe et flatter un certain chauvinisme. Les personnages y sont rarement extraordinaires et attendrissent par leur aspect « moyen ».

Comment dédramatiser la guerre au cinéma ? Posez un agité Louis de Funès sur les épaules d’un Bourvil ahuri dans La grande vadrouille, filmez des soldats pantois et inactifs dans La septième compagnie ou mettez en scène des courses poursuites improbables entre un Belmondo fantasque et des allemands ineptes dans l’As des As, et le tour est joué.

La comédie française au cinéma, c’est aussi l’incarnation de ces grands contrastes par de grands duos de comédiens. Les exemples sont infinis, et tous témoignent de la place majeure des acteurs, pilier du gag, suivant la tradition du théâtre comique et du café théâtre. Que serait Don Salluste sans son bon Blaze ? Que serait Godefroy Amaury de Malfête, comte de Montmirail, d’Apremont et de Papincourt sans son fidèle Jacquouille ? Pierre Richard sans Gérard Depardieu ? Thierry Lhermitte sans Jacques Villeret dans Le dîner de cons ?

C’est souvent davantage pour un acteur qui fait son show que l’on va voir une comédie, le scénario importe souvent peu. Quand De Funès s’amusait à dire « Ma carrière ressemble à un potager tant j’y ai cultivé le navet », il ne faisait qu’appuyer cette idée : c’était lui la principale attraction, qu’importe le cadre qu’on lui donnait pour faire ses mimiques.

Mais que faire face à un public de plus en plus exigeant et aux attentes bien plus élevées ?

Notre invité ne le cache pas, si le cinéma d’auteur est tourné vers la critique, la comédie est tournée vers le public le plus large possible. Le film repose sur les acteurs, le timing et le scénario, de plus en plus. Le spectateur a plus d’attentes, et pour cause, il voit beaucoup plus d’images, de gags, de films au quotidien. La surprise doit être plus grande, l’influence du cinéma, de la télévision étrangère et d’un humour très différent sont des challenges pour tout scénariste de comédie. Paradoxalement, durant tout notre entretien nous avons essayé de comprendre les raisons et les mécanismes d’un succès, mais les grands premiers du box office sont ceux que l’on n’attend pas. Qui aurait pu prévoir le succès d’Intouchables ou plus récemment de Guillaume et les garçons, à table ! ? Le temps fait le classique, la sincérité fait le succès, et les ingrédients ne marchent pas toujours. Le second film d’Eric Toledano et d’Olivier Nakache était attendu, le succès de Samba a été plutôt faible en comparaison. Dany Boon ne bénéficiera plus jamais de son effet de surprise « post-Ch’tis ». La corde sensible du rire et de l’émotion à grande échelle n’est pas si facile à trouver. Que demande le peuple ? L’étonnement et la justesse, mais surtout un ingrédient magique et indéfinissable : l’imprévisible.

Tout en réaffirmant la possibilité d’allier la comédie et la démarche artistique (Cédric Klapisch, Michel Hazanavicius, Jean Pierre Jeunet), Nicolas Cuche par sa passion de la comédie nous défend de se laisser aller à la classification du « sous-genre » cinématographique. Après tout, qui a-t-il de plus noble que de faire rire ? Et malgré la difficulté extrême de la préparation d’une comédie, de sa justesse et de sa réalisation, c’est par la jubilation de l’écriture et de la réalisation que Nicolas Cuche a répondu à notre question principale « mais pourquoi la comédie » ?

Emilie Fongione

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