Revue de presse Jour 7

Ce mardi, à Cannes on a pu voir des amours qui ont laissé froid (Marguerite et Julien), une guerre qui a réchauffé (Sicario), des Mustang mais pas des voitures (Mustang), et un scandale en talon qui tombe à plat.

Sicario

La critique est tombée à bras raccourcis sur Valérie Donzelli et son film Marguerite et Julien, en compétition officielle. Celui-ci conte l’histoire d’amour incestueuse et passionnée d’une sœur (Anaïs Demoustier) et un frère (Jérémie Elkaïm). Le scénario, refusé par Truffaut en 1973, s’inspire d’une histoire vraie du début du XVIIème siècle, tristement achevée par la décapitation des deux protagonistes. Cette fois, c’est le film qui a été assassiné. La critique est presque unanime contre lui. Si tout le monde reconnaît l’influence de Jacques Demy et Peau d’Âne, avec des anachronismes similaires, c’est semble-t-il pour enfoncer le film. Télérama témoigne d’une certaine gêne face à des acteurs qui « n'ont pas l'air d'être à l'aise et tentent des trucs dans l'hyperexpressivité sans toujours convaincre ». « Trop de lyrisme tue le lyrisme » et « on reste sur le seuil. » Pour Le Figaro, c’est pire ! Le journaliste parle d’un film tourné « avec la grâce d’un hippopotame » et d’une « esthétique kitsch », sans oublier une petite remarque sexiste pour la route : « censée incarner ce sang frais, ce visage féminin, dont aurait besoin la compétition du plus grand festival du monde de tous les temps », histoire de sous-entendre que Donzelli a sans doute pris la place d’un homme plus talentueux … Le film ne trouve finalement grâce que dans Libération qui seul semble avoir suivi la réalisatrice jusqu’au bout de son propos : « C’est un conte qui, comme tout imaginaire, nous dit autre chose. Oui, l’amour est possible. Peu importe comment il est et à quoi il ressemble. Voilà ce que nous crie la filmographie de Valérie Donzelli. »

Sicario, une histoire de guerre contre la drogue entre l’Arizona et le Mexique filmée par Denis Villeneuve, s’est lui mieux débrouillé : le film en compétition officielle a reçu une ovation de 6 minutes, soulignée par Radio Canada (qui rappelle toutefois les 12 minutes obtenues par Xavier Dolan et Mommy, disons ça, ne disons rien). Dans ce film, Denis Villeneuve oppose une jeune agent du FBI idéaliste, Emily Blunt, à un agent désabusé et sans vergogne, Benicio Del Toro. A prévoir, hémoglobine par litres, macchabées par dizaines et coups de feu par centaines. Mais Le Monde souligne que Villeneuve « n’est pas là seulement pour épater la galerie ». Il souligne la volonté de dénoncer les dérives des services secrets américains, « mais ce qui devrait être un réquisitoire contre l'emploi de moyens qui abaissent ceux qui les utilisent au niveau de leurs ennemis perd beaucoup de son pouvoir de persuasion à force de recourir lui-même aux méthodes du cinéma décérébrant ». Emily Blunt n’échappe pas aux critiques, Télérama indique qu’elle « n’empêche pourtant pas le film de retomber dans une formule » et Le Monde qu’elle « n'arrive jamais à imposer son personnage ». Le Figaro, toujours aussi féministe, n’arrange rien en ne lui posant presque qu’une seule question sur le scandale des talons (voir plus bas).

Cannes, c’était aussi Mustang de la Franco-Turque Deniz Gamze Erguven, sélectionnée par la Quinzaine des Réalisateurs. Cinq sœurs sont un jour retirées de l’école par leur oncle qui les élève, pour préserver leur chasteté et leur pureté avant le mariage. Le film observe comment chacune va réagir face à ce destin tout tracé, rébellion, résignation, mort, etc. Le film semble plutôt prometteur, Aujourd’hui en France titre que « Ces gamines turques vont tout déchirer » et si Libération regrette que le film ne suscite pas « l’effet Bande de filles escompté », la rencontre avec les actrices a franchement enthousiasmé la journaliste, qui intitule son article en jeu de mots « Fortes Mustang ».

Ce film devrait mettre du baume au cœur des féministes après la polémique lancée par le magazine Screen prétendant qu’une femme s’était vue refuser le tapis rouge pour des talons plats … Information démentie par le Festival de Cannes, et par l’actrice Samantha Baines photo à l’appui.

Sur ce, je n’aurai qu’un conseil, mettez vos baskets et courez au cinéma !

Jean Cailleau

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