Six films pour… frissonner de plaisir

Six films pour… frissonner de plaisir

A l'occasion d'Halloween, quoi de mieux qu'un top des films d'horreur incontournables ? De l'expressionnisme allemand des années 1920 au cinéma indépendant américain des années 1980, en passant par les moins évidents Hitchcock et Kubrick, on vous emmène revisiter les grands classiques du genre. De quoi briller à votre prochaine soirée costumée !

Le Cabinet du docteur Caligari, Robert Wiene, 1920

Conte cauchemardesque aux décors torturés, le réalisme est pour Le Cabinet du docteur Caligari la moindre des exigences. Souvent considéré comme le premier film d'horreur, il n'est plus très angoissant pour le spectateur d'aujourd'hui, mais on se retrouve à se prendre au jeu. Il est vrai que l'intrigue - en six actes, vestige théâtral - est très bien construite. Elle raconte l'histoire d'un mystérieux docteur Caligari, qui dans une fête foraine d'une petite ville allemande présente Cesaro, un somnambule qui saurait lire l'avenir. Bientôt la ville est terrorisée par une série de meurtres... Franzis, dont l'ami Alan a été assassiné, se lance alors à la poursuite du coupable. Il nous entraîne à sa suite dans un monde défiguré, à la perspective rompue, anguleux et cassant, métaphore du chaos moral que traverse l'Allemagne aux lendemains de la Première Guerre mondiale. Entre les décors peints à la main par les grands artistes de l'époque, on a l'illusion de voir mouvoir les personnages d'un tableau expressionniste - Le Cabinet du docteur Caligari est véritablement de l'art vivant.

Par Charles Klafsky

Nosferatu le vampire de Friedrich Murnau, 1922

« Passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre… ». Nosferatu, œuvre du grand réalisateur allemand Friedrich Murnau, transpose à l’écran le roman de Bram Stoker, Dracula, dans le décor d’un château isolé de la campagne teutonne. La famille de l’écrivain intentera un procès contre la société de production et le réalisateur, pour plagiat : et pourtant, s’il en prend la trame narrative, Nosferatu s’est affirmé comme une œuvre centrale du cinéma muet et du 7e art tout court ! Reprenant les codes de l’expressionnisme, en vogue parmi les Allemands de l’époque – lignes fracturées, couleurs sombres, contrastes importants – pour en faire un pur film horrifique, Murnau saisit l’ampleur formelle du courant et livre une démonstration de force sur le plan visuel. Difficile, cent ans plus tard, de ne pas se trouve mal à l’aise face à certaines séquences, aussi éloignées qu’elles puissent être de notre imagerie contemporaine de l’horreur. Incontournable pour tout fan d’angoisse.

Par Valentin Grille

Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock, 1963

La blondeur de Tippi Hedren dans son tailleur vert amande. Un couple d'inséparables. Une cabine téléphonique et une paire de lunettes brisées. Et des oiseaux, menaçants, absolument partout. Tous ces éléments, qui paraîtront étrangers à ceux qui n’ont pas vu The Birds, participent chacun à leur manière à la réussite de cet immense film. Considéré à sa sortie en 1963 comme le film le plus effrayant d’Alfred Hitchcock, son scénario semble pourtant plutôt incongru. Une jeune femme, Melanie Daniels, héroïne hitchcockienne typique magnifiquement interprétée par Tippi Hedren, rejoint Mitch Brenner (Rod Taylor) dans la petite ville de Bodega Bay au Nord de San Francisco - ville qui deviendra le théâtre d’attaques d’oiseaux très violentes. Par ce film, Hitchcock réussit en effet à sortir de son simple rôle de « maître du suspense » et nous livre un film véritablement terrifique, en parvenant à transformer notre vision de ces animaux, passant habituellement pour inoffensifs. Très loin des torture porn à la Saw, Hitchcock installe au fur et à mesure une ambiance oppressante, notamment par une maîtrise des silences, uniquement rythmés par les cris des oiseaux. Il est tout simplement impossible de les percevoir de la même façon après avoir visionné cette œuvre… C’est un très grand film d’horreur et un très grand film de suspens, à la photographie maîtrisée, aux performances d’acteurs remarquables et surtout un tour de force de mise en scène et de montage. C’est un incontournable de la filmographie d’Hitchcock et si vous n’avez pas le temps de le regarder en entier, prenez au moins cinq minutes de votre temps pour visionner la bande-annonce géniale qui met en scène le réalisateur au cœur de son film.

Par Maud Robert

Frankenstein Junior de Mel Brooks, 1974

Entre une photographie en noir-et-blanc et un jeu d’acteur merveilleusement désuet, Frankenstein Junior nous donne l’illusion d’avoir été tourné dans les années trente, comme tous ces vieux films qu’il parodie. Il n’est d’ailleurs que très librement inspiré du roman de Mary Shelley. Le Dr. Frederic Frankenstein (prononcez "Fronkensteen") est un neurochirurgien américain émérite, rattrapé par l’héritage de son grand-père, le savant fou, à la mort de ce dernier. Débarqué en Transylvanie, il est accueilli par son futur serviteur Igor (prononcez "Aigor"), bossu plus raffiné qu’il n’y paraît. Entre Inga, une assistante blonde et voluptueuse, et Frau Blücher, au nom qui fait hennir les chevaux, Frankenstein Jr. peut poursuivre l’œuvre de son aïeul et ramener à la vie sa propre créature. Le scénario est nourri de gags plus absurdes les uns que les autres, toujours admirablement dosés. On citera comme amuse-bouche une discussion entre Frankenstein et Igor, en train de déterrer un cadavre pour leurs expérimentations : « - What a filthy job ! – It could be worse ! – How ? – It could be raining ! » C'est évidemment pile à ce moment-là que des trombes d’eau se déversent sur les deux acteurs... Bref, vous rêviez de mélanger les Monty Python aux films d'épouvante classiques ? Mel Brooks l'a fait pour vous, avec un brio indémodable.

Par Charles Klafsky

Shining de Stanley Kubrick, 1980

Un nom, un seul : the Overlook Hotel. Une légende. Un édifice dont l’on ne saurait pas tout à fait dire s’il est éblouissant ou sinistre, qui se découpe sur une colline perdue au milieu de nulle part. Un hiver à tuer, à garder un bâtiment vider de tout son personnel. Un petit boulot tranquille et bien payé pour Jack, sa femme Wendy et leur fils Bobby. C’eût été trop simple. Le spectateur sait très bien que quelque chose ne tourne pas rond, que bientôt la situation va dégénérer jusqu’à un point de non-retour. Il reconnaît déjà dans la personnalité de Jack les prémisses d’une folie furieuse, dans les recoins sombres de l’hôtel des secrets effrayants, dans les fractures de cette petite famille la cause de leur perte. Mais les Terrance ignorent tout cela. C’est bien là la mécanique la plus simple, la plus puissante, la plus primitive et la plus dévastatrice de l’horreur : l’appréhension. Savoir que quelque chose ne va pas, mais n’avoir les moyens de l’éviter. Et Stanley Kubrick connaît la peur. Il sait la faire naître, la faire vriller, la faire gonfler. Avec sa caméra, il la manipule dans tous les sens du terme. Il s’est approprié l’œuvre de King, sans respecter le roman original selon ce dernier, mais diaboliquement efficacement quoi qu’il en soit. C’est une dissection minutieuse et cruelle de ce que signifie le malaise, une transposition au cinéma de ce qu’est la peur dans sa forme la plus pure et la plus malsaine. Le spectateur devient voyeur autant que prisonnier, l’histoire purgatoire autant qu’exutoire. Cela n’a rien de gore, rien de gratuit : c’est une leçon de cinéma, un chef-d’œuvre qu’il faut voir à tout prix, pour la lenteur, la beauté et la terreur tout à la fois, et un classique qui mérite son titre

Par Capucine Delattre

Prince des ténèbres de John Carpenter, 1987

On ne fait pas un top des films d’horreur sans John Carpenter. Le cinéaste américain a marqué profondément l’esthétique du cinéma horrifique dans les années 70 et 80, à l’époque où le cinéma d’entertainment retrouvait ses lettres de noblesse – et sa rentabilité – à Hollywood. Mais le réalisateur et compositeur (écoutez ses Lost Themes) représente ce qui se fait de mieux à l’époque, avec des forces visuelles et scénaristiques fortes. En témoigne sa relation houleuse avec les studios : après le succès faramineux et surprenant du classique Halloween : La nuit des masques en 1978, pour un budget d’à peine 300 000 dollars, il a reçu des budgets et une confiance croissante de la part des producteurs, jusqu’à l’échec commercial de The Thing en 1982, qui le coupe d’une partie des circuits. Échec tout relatif puisqu’il est tout aujourd’hui acclamé comme le grand œuvre dudit « Big John » ; mais quand cinq ans plus tard, il renoue avec l’horreur pure, c’est un homme désabusé qui tient la caméra. Prince des ténèbres est une somme des talents et des thèmes de Carpenter, qui signe la BO, la réalisation et le scénario. Une flèche noire et morbide, dans laquelle un prêtre appelle à la rescousse une équipe de physiciens pour analyser un étrange phénomène en cours dans son église (un cylindre est rempli d’un liquide vert bouillonnant). Dans un huis-clos étouffant, le mal pur serpente entre les protagonistes, et Carpenter questionne ce qui l’a toujours fasciné : l’apparence et l’essence, la possibilité de l’enfer, le gore et l’aliénation par la croyance. Injustement relégué dans l’historiographie du cinéaste et dans l’histoire du cinéma américain, Prince des Ténèbres est pourtant un chef-d’œuvre, au sens propre du terme.

Par Valentin Grille

Un top sous la direction de Charles Klafsky

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