Vice – Les vice-issitudes du pouvoir

Adam McKay / 2019 / 2h12 / Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l'homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd'hui… C’est un film qui démarre comme une attaque cardiaque foudroyante, et se maintient en fibrillation ventriculaire tout au long des 2 heures 12 où il déroule sa folle histoire. C’est une bravade d’une remarquable insolence dont l’existence même peut faire naître la stupéfaction. C’est jouissif, c’est sauvage, c’est violemment dénué de toute illusion, et surtout, c’est méchamment drôle. Ce cocktail improbable, c’est le dernier – et probablement le plus maîtrisé – des longs-métrages d’Adam McKay, le premier qu’il écrit seul de bout en bout, et sans doute celui qui lui vaudra la reconnaissance la plus massive aux Oscars de toute sa carrière. Vous en avez sans doute entendu parler, vous avez vu défiler les affiches jaunes et noires, intrigantes, quasi-tapageuses, qui en arborent le titre, vous avez croisé son synopsis le long de la liste des films favoris de l’année des critiques américains. Et je vais désormais m’employer à vous convaincre de courir en salles le visionner, le tout en moins de mille mots. Vice est la quintessence pure et assumée de tout ce que notre époque peut produire de plus cynique. De son premier plan à sa conclusion glaçante en passant par son générique de fin (les vrais le sauront), le film s’applique à briser méthodiquement toute l’innocence que le...
Sharp Objects, long frisson de fin d’été

Sharp Objects, long frisson de fin d’été

L’année dernière, le canadien Jean-Marc Vallée signait la réalisation du drame Big Little Lies. Il dirigeait le quatuor d’actrices (Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley et Laura Dern) dans l’intégralité des épisodes de cette première saison, fait assez rare dans le monde des séries TV pour être souligné. Cet été, le réalisateur de Dallas Buyer’s Club (2013) réitère avec une mini-série de huit épisodes adaptée du roman de Gillian Flynn (également auteure de Gone Girl). L’atmosphère déjà moite de Wing Gap, bourgade perdue au fin fond du Missouri, devient irrespirable lorsque des cadavres de jeunes filles se mettent à fleurir à côté des drapeaux confédérés. Camille (Amy Adams), journaliste d’une trentaine d’années établie à Saint Louis, est chargée par son rédacteur en chef, Curry (Miguel Sandoval), de partir couvrir les meurtres. Traînant derrière elle un lourd passé auquel elle tente d’échapper à grand renfort d’alcool, elle doit faire face à ses fantômes une fois de retour dans sa ville natale. Ce sont ces derniers qui intéressent le metteur en scène qui s’amuse en jouant des codes de série B entre thriller, série policière et film d’horreur. Wind Gap est une ville peuplée d’apparitions dont on ne sait si elles appartiennent au réel tant elles semblent tenir du mythe ou du registre légendaire. Les souvenirs entêtants de Camille affleurent et se mêlent continuellement au temps présent de la fiction avec une fluidité qui tient tant de la virtuosité de la mise en scène, qui exploite le rapport du son à l’image, que d’un montage très précis. Camille pénètre dans sa chambre au sein de la demeure familiale — immense bâtisse...