Le Lendemain – Magnus von Horn

Le Lendemain est l’excellent premier film du réalisateur suédois Magnus von Horn, présenté cette année à la Quinzaine des Réalisateurs. Il met en scène un adolescent, John, qui vient de sortir de prison. On ne sait au départ pas bien ce qu’il a fait, mais on voit qu’il ne parvient pas à se réintégrer dans son village. Personne ne lui parle, mais quelques mots prononcés de part et d’autre nous permettent petit à petit de nous faire une idée de ce qui l’a envoyé en prison. Il s’agit d’un film extrêmement froid, qui suscite peu d’émotion mais très puissant. Magnus von Horn parvient à faire régner dans son film une tension incroyable, qui ne diminue pas de tout le film. Il filme d’une manière très dure, au moyen presque exclusivement de plans fixes. Quand la caméra se déplace, c’est seulement dans une ligne droite très précise, en général avec un long travelling latéral. La musique ne vient pas adoucir ni accentuer cette tension, puisqu’elle est complètement absente du film. Les personnages sont comme enfermés dans cette géométrie impitoyable. Le jeu des acteurs contribue aussi à cette tension : ils gardent la mâchoire serrée, crispée, tout le long du film. La violence est latente, comme le montre la scène très silencieuse, où John s’entraine au tir à la carabine avec son père, qui annonce l’explosion de violence à venir. Il y a très peu de dialogues. Pendant les deux premiers tiers du film, quand les personnages parlent, ce n’est que pour échanger des banalités, ou alors sans répondre véritablement aux questions. On se rend vite compte qu’il y a dans ce...

Le Petit Prince, une ode au superflu

Adapté du roman de Saint-Exupéry, Le Petit Prince était diffusé aujourd’hui en Sélection Officielle, Hors Compétition, au Festival de Cannes. Il s’agit d’un film d’animation, qui raconte l’histoire du Petit Prince par une mise en abyme habile et très jolie. On trouve au début du film une petite fille très studieuse, appliquée mais qui ne fait rien d’autre de sa vie qu’étudier et suivre le « plan » fixé par sa mère pour réussir sa vie. Elle emménage dans une sorte de banlieue pavillonnaire, où toutes les maisons très design se ressemblent et sont regroupées dans des blocs parfaitement rectangulaires. Un monde uniformisé en somme, où l’imagination, la spontanéité n’ont pas leur place. La petite fille s’habille d’ailleurs exactement comme sa mère, jupe et haut gris ou de couleur foncée. Les chiffres sont omniprésents, à la radio, dans ses livres, partout ! En bref, c’est déprimant. Dans leur nouveau quartier, il n’y a qu’une maison qui sort du lot, c’est celle d’un vieillard très farfelu, qui tente désespérément de faire s’envoler son vieil avion dans son jardin. La première scène où on l’aperçoit est d’ailleurs extrêmement drôle, quand l’hélice de son avion traverse la mur du jardin, celui de la maison et vient réduire en miette le tableau du « plan de la vie » de la petite fille, et que pour se faire pardonner il offre un immense bocal de pièces de 1 centime. La petite fille fait petit à petit la connaissance du vieil homme, qui lui transmet feuille par feuille l’histoire qu’il a écrite, celle du petit prince qu’il rencontra il y a fort longtemps. On découvre son jardin et...

24 heures à Cannes

24, nombre d’heures que j’aurais passé à Cannes. 3, nombre de films que j’aurais vus. 10, nombre d’heures de train pour faire l’aller/retour entre Cannes et Paris. 0, nombre de coup soleil (miracle!) 18 000 000 000, nombre d’étoiles dans mes yeux. Comme l’a dit Jean Cocteau à ce propos, « Cannes est une comète qui s’est posée pour quelques jours sur la croisette ». Si cette comète brûle les yeux à certains, elle m’a plus émerveillée qu’autre chose. Voir enfin le fameux tapis rouge, se rendre compte que Cate Blanchett a de sacrés pattes d’oie et que Nathalie Portman est un minuscule bout de femme qui se trouve être plus « filmogénique » qu’autre chose. Ces 24 heures cannoises m’ont permis de voir quelques très bons films en un laps de temps relativement limité, dans une ambiance assez irréelle entourée de passionnés du 7ème art. De très bon films, et de moins bons, dont voici une brève critiques. Jour 1 - 19h - Grand théâtre Lumière : Sicario - Denis Villeneuve - Sortie prévue en septembre 2015. Le réalisateur canadien Denis Villeneuve tourne le dos dans ce film à l’originalité particulière de ses trois films précédents Incendies en 2010, Prisoners en 2013 et Enemy la même année. Au Mexique, Sicario signifie « tueur à gage »: dans ce film policier, Villeneuve nous pousse dans l’univers des cartels mexicains déjà exploité de nombreuses fois au cinéma, avec son lot d’horribles histoires, otages, crimes et tortures en tout genre. Avec une intrigue minimale (une femme américaine membre du FBI se voit engagé dans une « elite government » aux méthodes fort...

Une histoire de fou – Robert Guéduguian

Comme toujours, louables sont les intentions de Robert Guédiguian de vouloir honorer la mémoire du peuple arménien dont il fait partie, cent ans après ce génocide qui a si longtemps été tu, et qui encore aujourd'hui reste nié par la Turquie. Pourtant, la mayonnaise aux bons sentiments ne prend pas. Pourquoi ? Déjà, le thème est délicat : lorsqu'il prend le parti de se poser du côté des « perdants de l'Histoire » (les Arméniens en l'occurrence), il montre sa volonté de rééquilibrer la balance en donnant la parole à ce peuple qui a justement mis des années pour la libérer. Mais cette parole, forcément fictive vu le format adopté, sonne faux. Ariane Ascaride en mère meurtrie ne nous émeut pas, même lorsqu'elle retrouve son fils après de longs mois ; Simon Abkarian, supposément tiraillé entre ses cultures, ses principes et ses sentiments pour son fils Aram parti prendre les armes en Arménie/Turquie, apparaît juste comme un père dilettante, ses souffrances ne donnant jamais l'impression d'avoir été mûries ; les soldats ne nous transmettent ni la peur, ni la passion de leur cause, mais presque de la lassitude, quand ils ne prononcent pas des phrases grandiloquentes et absurdes dans de tels contextes (« tu aimes encore trop la vie ; moi je suis morte depuis longtemps », déclame la jeune combattante à son amant)… Ainsi, il oscille entre plusieurs genres cinématographiques : a-t-il voulu faire un film-témoignage, un film-mémoire, un film historique ? Ou bien les trois ? Un drame familial, social, ethnique ? Cette dilution de l'histoire dans des détours parfois clairement pathétiques nous fait perdre de vue le discours qu'il a voulu tenir. Pourtant, on sent qu'il a tenté de...