Journal d’une femme de chambre, Benoît Jacquot

Journal d’une femme de chambre, Benoît Jacquot

Il avait transposé en 2011 le Versailles crépusculaire de Chantal Thomas dans Les Adieux à la reine comme on filme un monde déjà perdu. Aujourd’hui, Benoît Jacquot retrouve Léa Seydoux dans Journal d’une femme de chambre, tiré du roman d’Octave Mirbeau, brossant le portrait de la bourgeoisie et du personnel de maison dans une France de 1900 très peu « Belle époque ». Célestine est une jeune bonne quittant Paris pour occuper une place dans la maison provinciale d’un couple bourgeois : les Lanlaire. Entre une maîtresse rigide et un maître qui ne tarde pas à essayer de se jeter sur elle, l’atmosphère est pesante. D’autant plus que plane autour de la maison l’aura de Joseph (Vincent Lindon), l’homme à tout faire des Lanlaire, mutique, brutal et mystérieux. Au milieu de ce portrait d’une province aisée et aliénante, Célestine ne cache pas son insolence. Agaçante, puis touchante c’est par des retours en arrière qui dévoilent la triste valse de sa carrière de bonne que l’on saisit le personnage : celui d’une jeune femme seule et triste, ayant déjà beaucoup vécu et ne sachant sur quel pied danser pour s’approcher d’un bonheur qu’elle ne connaîtra probablement jamais.  Une vie faite d’espoirs déçus. Car à qui faire confiance dans ce monde insincère, si ce n’est à cette vieille femme, tout aussi triste qu’elle, qui l’avait engagée avec amitié pour prendre soin de son petit fils tuberculeux ? C’est par ce passage à la fin tragique qu’on l’on découvre les émotions si bien dissimulées de la jeune bonne qui affirme « il n’y a pas de mauvais domestique, il n’y a que de mauvais maîtres ». Célestine n’a pas...
Invicible – Angelina Jolie

Invicible – Angelina Jolie

« We beat them by making it to the end of the war alive. That’s our revenge” Second long métrage d’Angelina Jolie, Invincible (“Unbroken”), était l’un des films les plus attendus de ce début d’année. Largement évincé des prix les plus convoitées de la sélection des Oscars, cette longue épopée semblait pourtant calibrée pour les palmes hollywoodiennes. Après Au pays du sang et du miel (2012), l’actrice/réalisatrice a choisi d’adapter l’extraordinaire vie de l’athlète olympique Louis Zamperini (1917-2014) dans une odyssée digne de la grande tradition américaine du film de guerre. Se frottant à la discipline risquée du film « tiré d’une histoire vraie », Angelina Jolie survit aux obstacles du genre et réussit son hommage dans ce spectacle vibrant et grandiose. Le défi était de taille, car Invincible pourrait faire penser à un mauvais scénario s’il n’était le récit véridique de l’extraordinaire épopée de l’athlète, survivant d’un camp de prisonniers au Japon ; une histoire relatée dans Unbroken : A World War II story of Survival, Resilience and Redemption de Laura Hillenbrand, le support d’Angelina Jolie. Le film s’ouvre violemment sur un combat aérien dans le Pacifique, qui introduit les principaux personnages de la première partie du film, dont Louis Zamperini (Jack O’Connell). Alors que le bombardier américain est la proie de dizaines de zeros japonais, des flash back, plus ou moins subtiles, nous permettent de mieux connaître le personnage. Elevé dans une famille d’immigrés italiens, rebelle et sauvé par ses aptitudes à la course, Zamperini participe aux jeux olympiques de Berlin en 1936. Taillé pour l’effort et l’endurance, le parallèle est vite fait entre l’athlète et le survivant. Très rapidement, l’équipe de Zamperini est...