Under the Silver Lake :  L’interprétation des rêves éveillés

Under the Silver Lake : L’interprétation des rêves éveillés

Un film de David Cameron Mitchell, 2018, 2 heures 20, avec Andrew Garfield... L’histoire, racontée de la sorte, paraîtra somme toute assez classique : un trentenaire, archétype du gentil loser, s’entiche de sa nouvelle voisine avec qui il a passé une soirée. Le lendemain, alors qu’elle s’est comme évaporée, il va partir à la recherche de cette fille dont il ne connaît rien. Seulement, sur ces fondations qui rappelleront nombre d’histoires, cette enquête va le mener dans des mondes mystérieux et des rencontres cocasses. Le personnage s’enfoncera, tout au long de sa quête, dans des sphères de plus en plus irrationnelles et énigmatiques. Pour notre plus grand plaisir. Le moteur de l’action, ce qui fait avancer le film, c’est un personnage dont on pourrait dresser le portrait de la sorte : il irresponsable, inconséquent, passif, mou mais s’avérant parfois extrêmement violent, sans but, sans travail, sur le point de se faire déloger, vieil adolescent, un brin parano, carrément voyeur. Loin d’être le portrait du héros idéal, on s’identifie pourtant absolument à lui, malgré tout ce qui fait qu’on a envie de le haïr et de le secouer. Et ce pour une raison simple : il a cela de commun à l’espèce cinéphilique qu’il préfère vivre sa vie par procuration, en contemplant le monde autour de lui ou en se réfugiant dans ses références littéraires, musicales et cinématographiques. Il est le personnage de James Stewart dans Fenêtre sur Cour, mais sans raison valable de rester chez lui à espionner avec ses jumelles ses voisines. C’est donc ce personnage (interprété par Andrew Garfield, irréprochable) que l’on va suivre dans son enquête...
Papillon nous fait de l’effet

Papillon nous fait de l’effet

Un film de Michael Noer, 1h57 Sortie en salle le 15 Août 2018 Synopsis : Dans les années 30, la France envoie encore ses mauvais garçons à Cayenne, au bagne. Pas de bol pour Henri Charrière, que tout le monde connaît sous le nom de « Papillon ». Ce voleur de bijoux des bas-fonds est envoyé outre-Atlantique après dénonciation d’un de ses complices jaloux de son succès. Tout son être cherche alors à s’échapper pour retourner se pendre au cou de Nenette (no joke here), chose qu’il ne pourra réussir qu’avec l’aide, et l’argent, du faussaire Louis Dega, embarqué dans la même galère, si j’ose dire…   Michael Noer sort un film brillant, sorti de nulle part. Ce cinéaste spécialisé dans les histoires personnelles, dans les aventures humaines, n’a pourtant pas beaucoup fait parler de lui. C’est bien dommage. Le film se paye donc sa publicité par l’intermédiaire de son casting. Mais là encore, on ne rencontre pas d’éléments « bankable ». Charlie Hunnam, que l'on n'a vu pour l’instant que très rarement, campe le grand tatoué Papillon et on comprend pourquoi les demoiselles s’exclament « aye Papi ! ». Rami Malek, qu’on connaît un peu mieux et qui sera d’ailleurs à l’affiche du biopic sur Queen très bientôt (because showbusiness must go on), complète le duo de tête de ce film dans le personnage de Louis Dega, chétif petit homme de bureau mais qui compense par ce qu’il a dans le crâne. Et là où je pense. Parce que oui, on n’amène pas de l’argent à Cayenne n’importe comment. Les hommes, on insiste là-dessus dans de multiples scènes répétitives, sont dépouillés de tout et la dure...
Journal d’une femme de chambre, Benoît Jacquot

Journal d’une femme de chambre, Benoît Jacquot

Il avait transposé en 2011 le Versailles crépusculaire de Chantal Thomas dans Les Adieux à la reine comme on filme un monde déjà perdu. Aujourd’hui, Benoît Jacquot retrouve Léa Seydoux dans Journal d’une femme de chambre, tiré du roman d’Octave Mirbeau, brossant le portrait de la bourgeoisie et du personnel de maison dans une France de 1900 très peu « Belle époque ». Célestine est une jeune bonne quittant Paris pour occuper une place dans la maison provinciale d’un couple bourgeois : les Lanlaire. Entre une maîtresse rigide et un maître qui ne tarde pas à essayer de se jeter sur elle, l’atmosphère est pesante. D’autant plus que plane autour de la maison l’aura de Joseph (Vincent Lindon), l’homme à tout faire des Lanlaire, mutique, brutal et mystérieux. Au milieu de ce portrait d’une province aisée et aliénante, Célestine ne cache pas son insolence. Agaçante, puis touchante c’est par des retours en arrière qui dévoilent la triste valse de sa carrière de bonne que l’on saisit le personnage : celui d’une jeune femme seule et triste, ayant déjà beaucoup vécu et ne sachant sur quel pied danser pour s’approcher d’un bonheur qu’elle ne connaîtra probablement jamais.  Une vie faite d’espoirs déçus. Car à qui faire confiance dans ce monde insincère, si ce n’est à cette vieille femme, tout aussi triste qu’elle, qui l’avait engagée avec amitié pour prendre soin de son petit fils tuberculeux ? C’est par ce passage à la fin tragique qu’on l’on découvre les émotions si bien dissimulées de la jeune bonne qui affirme « il n’y a pas de mauvais domestique, il n’y a que de mauvais maîtres ». Célestine n’a pas...
Invicible – Angelina Jolie

Invicible – Angelina Jolie

« We beat them by making it to the end of the war alive. That’s our revenge” Second long métrage d’Angelina Jolie, Invincible (“Unbroken”), était l’un des films les plus attendus de ce début d’année. Largement évincé des prix les plus convoitées de la sélection des Oscars, cette longue épopée semblait pourtant calibrée pour les palmes hollywoodiennes. Après Au pays du sang et du miel (2012), l’actrice/réalisatrice a choisi d’adapter l’extraordinaire vie de l’athlète olympique Louis Zamperini (1917-2014) dans une odyssée digne de la grande tradition américaine du film de guerre. Se frottant à la discipline risquée du film « tiré d’une histoire vraie », Angelina Jolie survit aux obstacles du genre et réussit son hommage dans ce spectacle vibrant et grandiose. Le défi était de taille, car Invincible pourrait faire penser à un mauvais scénario s’il n’était le récit véridique de l’extraordinaire épopée de l’athlète, survivant d’un camp de prisonniers au Japon ; une histoire relatée dans Unbroken : A World War II story of Survival, Resilience and Redemption de Laura Hillenbrand, le support d’Angelina Jolie. Le film s’ouvre violemment sur un combat aérien dans le Pacifique, qui introduit les principaux personnages de la première partie du film, dont Louis Zamperini (Jack O’Connell). Alors que le bombardier américain est la proie de dizaines de zeros japonais, des flash back, plus ou moins subtiles, nous permettent de mieux connaître le personnage. Elevé dans une famille d’immigrés italiens, rebelle et sauvé par ses aptitudes à la course, Zamperini participe aux jeux olympiques de Berlin en 1936. Taillé pour l’effort et l’endurance, le parallèle est vite fait entre l’athlète et le survivant. Très rapidement, l’équipe de Zamperini est...