Jeu de fou : The Imitation Game – Morten Tyldum

Jeu de fou : The Imitation Game – Morten Tyldum

L’histoire d’Alan Turing a dû faire, depuis longtemps, tourné les têtes de producteurs. Il semblait inévitable, en effet, que le récit de la vie de ce mathématicien génial et légendaire soit écrit et tourné, tant il est riche de larmes, de lumières et de sombres affaires. The Imitation Game, quatrième film du norvégien Morten Tyldum, roule ainsi à pleine vitesse sur la mode de biopics et entend conter le déchiffrage par Turing, de la machine Enigma, engin nazi chargé de crypter les communications et dont l’hermétisme a fait déjouer les Alliés pendant plusieurs années. Dans le rôle du sosie, Benedict Cumberbatch campe le génie sociopathe attendu, et c’est (déjà !) le premier souci du film : Leonardo DiCaprio annoncé, mais cédant in extremis sa place, c’est à l’interprète de Sherlock, personnage atypique, intelligent et désabusé, qu’est revenu le privilège de jouer ce personnage atypique, intelligent et désabusé. Le gentil Benedict joue donc un Turing juste mais bien souvent prévisible dans ses réparties et traits de caractère. Quant à Keira Knightley et Matthew Goode, autres têtes d’affiche, ils ne touchent au privilège de voir leurs personnages obtenir une quelconque épaisseur, effet biopic oblige. Ce petit gâchis d’acteurs, cantonné à despersonnages sans relief, vient s’ajouter à un académisme formel du plus bel effet : les compositions d’Alexandre Desplats recouvrent tout le film de thèmes clinquants, comme annonçant à chaque instant quand rire, quand s’émouvoir, quand s’étonner... Il ne fallait pourtant pas ajouter grand-chose au scénario déjà balourd pour tomber dans l’ennui : car rien, aucune manipulation émotionnelle, aucun twist prévisible ne nous est épargné. Cela va de la valeureuse bande se sacrifiant pour un collègue...