Tel Aviv on Fire – Qu’y a-t-il entre les bombes et la soumission ?

Sameh Zoabi / 2018 / 1h40 / Tel Aviv on fire a de quoi surprendre. Comédie tournée à la fois en arabe et en hébreu, le film nous plonge dans une mise en abyme subtilement réjouissante, jonglant entre la réalité de la Palestine contemporaine et l’intrigue d’une série télé éponyme qui se déroule en 1967. Véritable recueil de clichés, d’un kitsch monumental, et tellement cheap que cela en devient attendrissant, la série raconte l’histoire d’une Mata Hari palestinienne qui séduit un général israélien pour lui soutirer des informations. Au croisement d’une multitude d’attentes sociales, la série devient bientôt la métaphore des relations israélo-palestiniennes, une confrontation de deux impératifs politiques et de deux imaginaires culturels différents. Un bourbier, en d’autres termes. Et pourtant, le réalisateur Sameh Zoabi (israélo-palestinien, lui aussi) s’en sort avec brio.

Le personnage principal du film, Salam (Kais Nashif), est stagiaire sur le plateau de tournage de la série, à Ramallah. Il doit son embauche à son oncle Bassem, directeur de production, et se charge, outre de préparer des cafés, de vérifier que les phrases en hébreu du scénario sont grammaticalement correctes. Mais ses interventions enragent la scénariste, qui finit par démissionner. Salam est alors seul maître à bord, se retrouvant chargé par son oncle d’écrire le scénario des épisodes suivants. Il y a un hic, pourtant : il n’a jamais écrit la moindre ligne. La page blanche guette. Salam trouve alors un secours inespéré en la personne d’un officier commandant un check-point israélien, Assi (Yaniv Biton). Se met alors en place entre eux une relation de besoin réciproque : Assi a besoin de Salam pour pouvoir convaincre sa femme, téléspectatrice assidue, du romantisme des officiers israéliens, et Salam a besoin d’Assi pour trouver l’inspiration. Pourtant, leur relation par instant devient malsaine, Assi ayant tous les pouvoirs dans un pays occupé, y compris contre un insignifiant scénariste…

Par le biais d’une série qui traverse les frontières, ainsi que d’une collaboration artistique israélo-palestinienne plus ou moins volontaire, Sameh Zoabi se moque gentiment des uns et des autres et nous rappelle l’importance de la vie quotidienne, avec son lot de banalités, dans une situation géopolitique mondialement connue pour son antagonisme des extrémismes. On rit de tout, du manque de moyens en Palestine, des check-points militaires, de la pudeur arabe, de la violence de Tsahal, l’armée israélienne… Tel Aviv on fire dénonce les retranchements politiques d’un côté et de l’autre, simplement en les juxtaposant pour montrer leur absurdité. Les « terroristes » sont aussi des « combattants de la liberté » mais aussi des figures du passé, selon Salam, qui tente de convaincre son oncle que la guerre n’est pas le seul horizon de la Palestine : « N’y a-t-il rien entre les bombes et la soumission ? »

Et il se trouve qu’il y a beaucoup de choses, entre les bombes et la soumission. Il y a l’amour, à l’eau de rose et un peu plus réaliste aussi, il y a le rire, qui se nourrit de douleur pour la dépasser, et surtout il y a l’espoir d’un avenir en commun pour les deux peuples, porté par un formidable duo d’acteurs et la signature d’un réalisateur qui décoiffe, depuis trois films, et en grand style, le cinéma israélien.

Par Charles Klafsky

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