The Beguiled – Coppola peint la femme

Avec The Beguiled, en compétition pour cette 70e édition du Festival de Cannes, Sofia Coppola filme avec subtilité la modification des liens entre les femmes d’une pension lorsqu’un homme blessé y fait irruption. L’action se déroule dans le Sud des Etats-Unis, en Virginie. Alors que la guerre civile divise le pays, la petite Amy retrouve un soldat Yankee mourant dans les bois et le ramène à sa pension de jeunes filles.

En vertu de la charité chrétienne qui conduit leur vie, les jeunes femmes, dirigée par l’héritière des lieux Miss Martha, décident de venir en aide au soldat et de ne pas le livrer à l’armée du Sud. Interprété par Colin Farrell, le séduisant Caporal attise le désir des pensionnaires qui essaient de le séduire. C’est l’occasion pour Coppola filmer avec des touches d’humour, la façon dont les femmes changent de comportement et de tenue afin de plaire. Chacune essayant d’attirer le regard sur elle, la solidarité du groupe se disloque jusqu’à cela devienne une véritable menace contre laquelle elles se voient dans l’obligation de se prémunir.

D’emblée, le film nous plonge dans une atmosphère aussi sublime que lourde et pesante. Les plans s’attardent, et on s’en réjouit, sur le magnifique cadre qu’est la pension Farnsworth, bâtie selon l’architecture typique du Sud des Etats-Unis. Colonnades blanches, briques rouges, saules pleureurs éclairés par une lumière rasante nous plongent dans le Sud esclavagiste. Le choix de cette région participe à instaurer un climat lourd qui insiste sur le poids sous lequel se trouvent les jeunes femmes. Encore très contraintes par les normes sociales, la maîtrise du français, de la couture et les prières chaque soir qui rythme leur vie, les jeunes femmes sont d’autant plus troublées par l’arrivée d’un homme dans leur gynécée. Dans son film, Coppola met en scène des femmes aux caractères très différents.

Ainsi, l’insitutrice Edwina (Kirsten Dunst), fait figure d’une femme retenue, presque déprimée, qui cherche dans l’affection d’un homme à retrouver confiance dans son charme et sa féminité. Prise entre une Nicole Kidman parfaite pour le rôle et la ferme et dominatrice Miss et entre une Elle Fanning on ne peut plus fraîche, la réalisatrice fait la peinture des différentes étapes dans la vie d’une femme, montrant leurs réactions différentes face à un même désir. Sans spoiler, le film apparaît comme un avertissement contre l’homme prédateur mais Coppola prend soin de ne pas donner l’image de la femme victime. C’est au contraire la solidarité, la morale et l’intérêt du groupe qui est placé au-dessus du désir personnel.

Dans la même veine que son interprétation dans The killing of a Sacred Deer, également en compétition, Colin Farrell apparaît comme un homme désemparé et dépossédé de ses actions. Marquant pour sa beauté et son regard féminin, encore assez rare au cinéma, The Beguiled n’aura peut-être pas la Palme mais reste un film à voir.

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