The First – Les pieds sur Terre, la tête dans les étoiles

Beau Willimon / 2018 / Réalisée par Beau Willimon, créateur de House Of CardsThe First, série de huit épisodes, est sortie il y a moins d'un mois sur nos écrans. Dans un futur proche, une jeune dirigeante déterminée de la NASA se lance avec toute son équipe dans un projet révolutionnaire : celui d'envoyer des missionnaires sur Mars afin de trouver un endroit viable pour une humanité en perpétuelle augmentation. Avec son sujet de science-fiction par excellence, The First laisse tout à penser qu'elle se rapprochera des grandes épopées intergalactiques telles que Gravity ou Apollo 13. Et pourtant, s'ouvre une série astronomique au réalisme époustouflant et au charme envoûtant. Loin d'avoir la tête dans les étoiles, comment Willimon nous fait-il garder les pieds sur Terre ?

Un réalisme subjuguant 

Le lancement, les problèmes d'équipage, le quotidien des astronautes : telles étaient les attentes de nombre de spectateurs lorsqu'ils ont lancé sur leur ordinateur cette nouvelle série américaine. Le générique, avec sa bande-son profonde à la Hans Zimmer et ses couleurs parme bleuté, leur a même laissé croire un instant au scénario original de la conquête spatiale. Mais la pression retombe rapidement : la fusée qu'on aurait dû prendre explose en plein vol. Et tant mieux, car cela aurait été trop facile, trop attendu, bref inutile.

Un choix innovant

La série s'attache davantage à nous montrer les coulisses des missions aérospatiales que les péripéties des cosmonautes en orbite. Aussi, il s'agit de mêler sphères politique et psychologique pour mettre en avant les enjeux sociaux et humains soulevés par les expéditions. Avec des airs de Sully (Clint Eastwood), les moindres détails des procédés nous sont livrés, tandis que les financements peinent à être levés. Pour que huit millions de personnes soient sauvées, faut-il tout tenter ? Voici le dilemme auquel Natascha McElhone est confrontée. La série fonctionne ainsi selon un rythme lent, ce qui crée un côté contemplatif – et qui pourrait lui être reproché par les adeptes de rebondissements.

Un duo émouvant

Si les premiers épisodes s'ancrent dans le réalisme politique en mettant en scène les forces en présence (Sénat américain, investisseurs privés, etc.), les suivants s'attachent à livrer les doutes et les hésitations des futurs explorateurs. Ainsi découvrons-nous l'histoire singulière de Tom Hargerty (magistralement interprété par Sean Penn), père de Denise, une jeune artiste hantée par son passé. Avec des flash-back subtils et un montage élégant, la série interroge la solitude, l'angoisse et l'absence. Le duo père-fille, plus que touchant, met en scène la détresse d'un père hésitant et la blessure d'une jeune fille désolée. La sobriété de la caméra, avec des mouvements lents et fixes, vient magnifier leur relation et nous inviter dans leur intimité. De plus, un véritable travail est réalisé sur les reflets : de nombreuses scènes se construisent avec une symétrie parfaite entre les deux personnages, ce qui permet de mettre littéralement un miroir entre eux et de comparer, entre autres, leur manière de faire leur deuil. Cette réflexion physique se retrouve aussi au niveau psychique...

Un dilemme percutant

Les personnages, tourmentés, rongés de culpabilité, cherchent une échappatoire et tentent à leur façon d’atteindre les étoiles. L'angoisse se retrouve dans l'équipe entière. Aussi est-il facile de s'attacher à ses membres, de vivre leurs hésitations à choisir entre leur rêve et leur vie de famille, entre l'amour de l'espace et celui de leur conjoint. Véritable réflexion sur l'ambition professionnelle, The First s'attache à montrer la difficulté de choisir, comme le titre l’indique, ce qui va passer en premier. Dans le rêve comme dans la réalité, les scientifiques se retrouvent confrontés à eux-mêmes, ce qui permet aux spectateurs de se questionner sur ce que, eux, ils auraient fait. Enfin, les huit épisodes interrogent plus généralement les motivations de l'Homme à vouloir regarder l'infini pour dépasser sa condition.

Par Pauline Bérard

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