The Party – Méfiez-vous de vos amis

Janet vient d’être nommée ministre de la santé, l’aboutissement de toute une carrière. Elle réunit avec son époux Bill quelques amis proches. Mais la fête prend un tournant inattendu.

En entrant dans la salle obscure, je m’attendais à une avalanche de révélations, de secrets cachés, à une comédie jouissive par la déliquescence des relations entre les personnages. En sortant de la salle, je n’ai pas été déçue. Oscillant avec brio entre le drame et la comédie, The Party est un film qui se regarde avec délice et dont les une heure et onze minutes passent à une vitesse incroyable.

Sa structure séduit immédiatement, puisque le film s’ouvre et se ferme sur l’image de Janet, l'hôtesse du dîner, qui pointe un pistolet sur nous, à la fois tremblante et bouleversée. Entre ces deux scènes parallèles, on découvre comment cette femme qui vient d’être élue ministre de la santé en est arrivée là.

Comme on peut s’y attendre, le début du film est tranquille, on attend aux côtés de Janet l’arrivée de ses invités. Les images et situations se mettent à accélérer au moment exact où tous les invités se trouvent réunis dans la même pièce et laissent éclater leurs secrets.

Toutes les vérités dissimulées se dévoilent petit à petit en même temps que la situation s’envenime. Mon imagination débordante, à l'affût du moindre indice et sous-entendu m’a permis de deviner la fin avant qu’elle ne soit annoncée clairement, mais ça ne m’a pas empêchée de profiter pleinement du film, toujours tenue en haleine par l’attente du prochain rebondissement.

Les acteurs sont excellents et campent avec beaucoup d’humour leur personnage. Chacun incarne un cliché, ce qui donne un explosif mélange quand ils sont tous dans la même pièce : la femme puissante mais qui veut être une bonne épouse, son mari intellectuel aux penchants alcooliques, le trader drogué, le baba cool “coach de vie”, la femme cynique et franche, la lesbienne cool, sa femme enceinte et stressée, … On apprécie d’ailleurs la représentation d’un couple lesbien, qui expérimente la grossesse et l’attente d’un enfant, avec son lot de remises en question et de disputes.

En filmant l’intégralité des images en noir et blanc, la réalisatrice Sally Potter fait un choix audacieux, qui met en valeur la forte dose d’humour noir et de cynisme qu’on retrouve tout au long du film. La technique est parfaitement maitrisée par un habile jeu de lumière et l’absence de couleur ne rend pas le film moins vivant. Au contraire, il lui permet d’éviter d’être trop brouillon en effaçant le superficiel et en se concentrant sur le plus important : l’évolution des personnages. On est face à une comédie purement british qui se moque sans complexe de ces personnalités (et de la politique par la même occasion).

Le film me fait penser à un huis-clos fortement inspiré du théâtre, par son unité de lieu et de temps, et par la cascade de situations qui s’abat sur les personnages. Certains diront justement que ça fait “trop théâtre”, mais la caméra trouve parfaitement sa place entre les invités, pour filmer les non-dits et leur arracher leurs secrets. Les décors sont simples, une cuisine, un salon, une salle de bain et une petite cour et permettent aux personnages de s’exprimer librement, sans être écrasés par de trop imposants décors.

Bref, on rit (beaucoup) et on réfléchit (un peu). Je recommande totalement.

Juliette Cassiot

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