Un convoi (qui n’a rien d’) exceptionnel

Bertrand Blier / 2019 / 1h22 / Le nouveau Blier est arrivé ! On attendait avec joie la nouvelle comédie de Bertrand Blier, après le succès du grandiose Le bruit des glaçons il y a neuf ans. Seulement, Convoi exceptionnel déçoit, peut être parce que l’attente était trop grande par rapport à ce réalisateur qui a été pendant une décennie au moins au sommet avec Les Valseuses (1974), Préparez vos mouchoirs (1978), Buffet froid (1979), Tenue de soirée (1986), ou encore Trop belle pour toi (1989)… On était fan des dialogues crus parce qu’ils étaient porteurs de sens, on était fan des mises en abyme multiples, des messages féministes qui irriguent le cinéma de Blier autant que des répliques sexistes, enfin, on était fan de situations absurdes qui se révélaient déstabilisantes…

Convoi exceptionnel, c’est l’histoire de la rencontre entre deux hommes que tout oppose : Foster (Christian Clavier), nerveux, hyperactif, en pardessus ; Taupin (Gérard Depardieu), lent, seul et à la rue. Mais cette rencontre ne se fait pas par hasard … Foster est en possession du scénario de sa vie et dans ce scénario, il doit rencontrer Taupin parce qu’ils doivent accomplir un assassinat ensemble. L’entièreté du film est basée sur ce jeu de mise en abyme avec des scénaristes qui pondent des scénarii à la seconde pour ensuite les faire distribuer aux personnages de la vraie vie qui vont incarner leur propre personnage, et tout cela à l’écran !

Ce procédé cinématographique mettant en scène des personnages sachant pertinemment qu’ils font partie d’une fiction n’est pas nouveau. Alex van Warmerdam dans Waiter ! ou encore Edouard Baer dans Akoibon avaient eux aussi tenté de rendre leurs personnages conscients de leur statut d’êtres fictifs… Convoi exceptionnel prend des allures de The Truman Show lorsque les personnages se sentent eux-mêmes enfermés dans un rôle préconçu et qu’ils veulent y remédier en allant voir directement ceux qui décident de leur destin…

Tout au long du film, on retrouve du Blier à petites touches de dialogues crus et gratuitement sexistes et de situations absurdes et grotesques qui d’habitude sont porteuses de sens. Encore une fois, la musique joue un rôle important en accompagnant les sentiments des personnages, et les personnages eux-mêmes en ont conscience puisqu’ils entendent la musique du film… Mais cela ne vaut sûrement pas les dialogues entre Dewaere et Depardieu sur Mozart dans Préparez vos mouchoirs… ou l’obsession de Depardieu pour Schubert dans Trop belle pour toi. Le réalisateur interroge la question du destin, de la part de hasard qui peut faire prendre une autre coloration à notre vie, mais aussi de l’envie parfois de changer de vie ou du moins d’échanger sa vie contre une autre plus rassurante, plus confortable. Chaque scène est assez théâtrale et les acteurs font de leur mieux pour incarner le personnage de leur personnage ! On saluera néanmoins le duo Depardieu-Clavier qui mérite le détour pour son jeu authentique.

Lors de l’avant première avec l’équipe du film, Bertrand Blier avait déclaré : « Je ne sais pas ce que j’ai fait, peut-être que cela n’a pas de sens ». Ironique ou non, c’est maintenant à vous de vous faire votre propre opinion sur cette déclaration !

Par Ariane Cornerier

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