Une affaire de famille – Palme d’Or 2018

Un film d'Hirokazu Kore-eda.

Date de sortie : Prochainement.

Durée : 2h01.

Je me rappelle avoir rédigé une critique sur un autre film de Kore-eda, APRÈS LA TEMPÊTE, il y a deux ans, toujours au festival de Cannes. J’avais été assez subjugué, malgré un rythme un peu lent, par la mise en scène des relations familiales, par l’amour qui semblait se dégager de ce cinéma japonais. Puis je n’ai jamais revu un film de Kore-eda : ni THE THIRD MURDER sorti dans les salles françaises très récemment, ni ses films plus anciens considérés comme de grands films (STILL WALKING, NOBODY KNOWS).

Son dernier ouvrage a remporté hier soir la Palme d’or au 71èmeFestival de Cannes. J’avais personnellement deux « chouchous » pour la Compétition officielle : le film de Kore-eda et le dernier film de la compétition, LE POIRIER SAUVAGE, du Turc Nuri Bilge Ceylan, un film très bavard mais magnifique, sur la beauté de la vie malgré les doutes qui nous assaillent et sur la création artistique. Le jury présidé par Cate Blanchett a décidé, pour des raisons obscures, de ne donner aucun prix au film de Ceylan. La Palme d’or récompense ici un film sur la famille, un film sur l’amour, car c’est bien cela qui lie tous les personnages.

Une famille de voleurs récupère et accueille une petite fille abandonnée et violentée par ses parents, Yuri. On ne connaît pas vraiment les liens qui unissent les personnages habitant tous dans une petite maison : une grand-mère, les deux filles de celle-ci, dont une mariée à un ouvrier du bâtiment et une autre travaillant dans un peep-show, et un petit garçon. L’équilibre familial est perturbé lorsque le père, Osamu, se blesse à son travail.

Ce qui est extraordinaire, chez Kore-eda, c’est sa capacité à montrer la vie quotidienne comme si elle était passionnante, comme si chaque geste avait un sens. L’une des plus belles scènes est lorsque la femme d’Osamu prend la petite Yuri dans ses bras pour lui expliquer que ce n’était pas de sa faute si ses parents la battaient. Jamais on ne tombe dans la guimauve ou la mièvrerie. Gide mettait en garde : « on ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments », et il semblerait que Kore-eda l’ait entendu. L’œuvre que le cinéaste japonais a construite est pleine de mélancolie et de délicatesse, alliant à cette sensibilité une direction d’acteurs exceptionnelle et des cadres très travaillés sans être ostentatoires.

 

Le film prend un tournant beaucoup plus sombre dans la deuxième partie que nous ne raconterons pas. C’est cette deuxième partie qui questionne vraiment le lien unissant les personnages: alors qu’il est d’usage de dire qu’on ne choisit pas sa famille, c’est pourtant à cette conclusion à laquelle arrive le film.

En récompensant UNE AFFAIRE DE FAMILLE, le jury de Cate Blanchett a récompensé un film sensible et juste, à l’opposé d’un film qui se veut sensible mais qui échoue à l’être à cause d’une profusion de moyens (CAPHARNAÜM de Nadine Labaki, tout de même récompensé par le Prix du jury). Soulignons enfin que remettre la Palme d’or au POIRIER SAUVAGE aurait été récompenser un film magnifique mais exigeant : cette Palme pour Kore-eda montre que le cinéma, en étant sensible et sans utiliser de grands effets de mise en scène, peut tout de même émouvoir.

Julien Coquet

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