Celle que vous croyez – Virtuelle et si humaine

Safy Nebbou / 2019 / 1h41 / Celle que vous croyez s’ouvre avec son image la plus percutante et peut-être aussi la plus efficace : un visage de femme apparaît en premier plan à l’écran, en couleurs glaciales, à moitié sous l’eau - on a l’impression qu’elle va se noyer. On retient alors notre respiration, le temps de quelques secondes… La caméra s’introduit soudainement dans la vie de cette femme, la suit avec insistance, lui tourne autour, et l'on est entraîné dans l’histoire qui va suivre - sans véritablement en avoir le choix -, mais on ne pourra s’empêcher de s’attacher à Claire (Juliette Binoche), sa protagoniste.

L’ambiance initiale ne peut que nous rappeler Shame de Steve McQueen : de longs silences imposants, une sensation de solitude sans échappatoire assombrissent Claire lorsqu’elle prend le métro, dans une ville impersonnelle.

Peu à peu on découvre le drame qui est en train de la détruire : abandonnée par son mari, Claire tombe dans les bras d’un jeune homme (Guillaume Gouix), avec toute sa fragilité. Abandonnée à son tour par son amant, elle décide de se rapprocher de ce dernier en s’initiant au mystérieux univers de Facebook qu’elle ignorait jusqu’à ce moment – elle qui partage sa vie entre ses enfants et l’université où elle enseigne la littérature française. Jusqu’au jour où elle va se faire passer pour la jeune femme qu’elle n’est plus, et essayera de séduire Alex (François Civil), le colocataire de son ancien amant, pour enfin atteindre ce dernier.

Une spirale infernale s'empare alors doucement de la vie de Claire et de son bonheur illusoire, fondé sur la relation amoureuse virtuelle avec Alex qui devient, d’appel en appel et de message en message, toujours plus forte.

Mais Claire a besoin de ça, elle a besoin d’être bercée, même s’il ne s’agit que d’illusions, pour pouvoir survivre. Elle doit lutter pour ne pas succomber au drame qui la hante et qui va se révéler au fur et à mesure de ses séances chez une psychothérapeute (Nicole Garcia). C’est par le biais de ce procédé narratif – la succession de ces séances – que l’histoire de Claire se développe, revient en arrière, se réécrit, est imaginée ou bien se passe vraiment, dans la réalité. Un procédé qui nous tient scotchés à l’écran, tant il est intelligemment orchestré du point de vue narratif aussi bien que cinématographique ; enfin, le film se transforme en un voyage dans les profondeurs obscures de l’imaginaire, des émotions les plus secrètes, des désirs les plus profonds.

Ce que Claire décide de raconter ou de ne pas raconter à sa psychothérapeute détermine le rythme des images et des personnages que l’on voit apparaître, se cacher ou bien disparaître de l’écran, restituant véritablement la même sensation de perte d’équilibre que l’on ressent lorsque l’on fixe pendant plusieurs secondes une spirale en mouvement (une illusion optique que vous connaissez sûrement).

Jeune dans la réalité virtuelle, marquée par le temps dans la réalité tout court, Claire et son histoire nous émeuvent jusqu’à la dernière seconde, et nous parlent à nous tous, et à notre peur, avouée ou pas, d’être abandonnés par ceux que l’on aime, et à notre désir de continuer de vivre, malgré tout.

Par Cindy Bell

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