Wildlife – Quand tout part en fumée

Paul Dano / 2018 / 1h45 / Après le magnifique Revolutionary Road de Sam Mendes (2008), avec les mythiques Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, film lui-même précédé de nombreux autres sur la vie déprimante que l’on mène à Suburbia, on est en droit de se demander à quoi sert un énième film sur le sujet. Wildlife nous surprend toutefois par sa beauté esthétique, sa pudeur, son élégance et par la puissance de son jeu d’acteurs. Premier film de l’acteur américain Paul Dano, il renouvelle le genre en nous montrant l’histoire d’un couple qui se délite dans le Montana des années 1960, par la perspective de son enfant, Joe (Ed Oxenbould). Adolescent de quatorze ans, ce dernier se retrouve bien malgré lui propulsé dans la vie d’adulte, lorsque son père (Jake Gyllenhaal), soudain chômeur, part pendant plusieurs mois combattre les feux de forêt. Sa mère (Carey Mulligan), affectée par ce départ, s’émancipe en souffrance, trouve un emploi, et prend un amant plus âgé et plus riche. Tout se transforme alors sous les yeux de Joe, désemparé.

Pour la première fois, il se retrouve à faire les courses, à travailler les week-ends, à prendre le car pour aller à l’école plutôt que la voiture de ses parents, et découvre ce qu’est la sexualité. C’est d’ailleurs en cela que le film a vraiment une portée universelle, parce que quiconque a vécu le divorce de ses parents à un âge sensible, pendant son adolescence, peut se reconnaître dans le désarroi du personnage principal. Paul Dano a avoué avoir puisé dans son expérience personnelle pour réaliser son film, et cela se sent, tant l’émotion est palpable du début à la fin.

 

 

La mise en scène est d’un classicisme de bon goût, et va comme un gant à cette histoire que l’on veut raconter avec sobriété pour mieux en faire ressortir les tourments psychologiques. Les plans sont souvent fixes, aucun mouvement de caméra n’est superflu. C’est avec une délicatesse remarquable que Paul Dano recourt aux gros plans, notamment sur le visage d’Ed Oxenbould. Il est une scène superbe qui illustre toute la retenue du scénario, lorsque Joe se retrouve face à un feu de forêt dont on n’entend tout d’abord que le fracas impressionnant. Ce n’est que lorsque la caméra zoome sur son visage que l’on découvre les flammes qui se reflètent dans ses yeux, métaphore de son intériorisation constante des événements qui touchent son entourage.

La photographie enfin, signée Diego Garcia, est d’une beauté qui mérite d’être saluée, baignant dans une lumière aux tons dorés, un peu trop propre peut-être mais si délicieusement vintage. Bref, des magnifiques Jake Gyllenhaal et Carey Mulligan aux costumes soignés, en passant par les cadrages, tout se tient dans ce premier film de Paul Dano. C’est assurément l’un des meilleurs films de l’année 2018, et l’on attend avec impatience la prochaine réalisation de ce grand cinéaste en devenir.

 

Par Charles Klafsky